L’énergie verte : un investissement intéressant

créé le: 24.08.2011 | par: Valentin

Le marché des énergies renouvelables a connu un fort essor ces dernières années. De plus, l’accident de Fukushima est à l’origine d’un véritable boom, en Suisse également. Dans notre pays, ce sont pour l’instant principalement de petites installations qui ont vu le jour.

« Dans les années 1990, nous devions faire preuve de beaucoup de persuasion pour chaque projet », se souvient Heinrich Holinger, un pionnier de l’énergie solaire. « Cette époque est révolue. Aujourd’hui, les discussions tournent principalement autour des coûts et des délais. » Sa société Holinger Solar AG sise à Bubendorf dans le canton de Bâle-Campagne a une histoire mouvementée derrière elle, mais jamais elle n’a connu période plus florissante qu’actuellement. Pendant longtemps, Heinrich Holinger était seul à bord pour faire tourner son entreprise fondée en 1986. Désormais, elle compte 20 employés qui seront prochainement rejoints par deux nouveaux arrivants. « D’après moi, cet élan va se poursuivre », se réjouit l’entrepreneur.

D’un produit de niche à un produit de masse

Holinger Solar AG ne fait pas figure d’exception. Une nouvelle étude menée en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement a révélé qu’en 2010, le montant record de 211 milliards de dollars avait été investi dans le marché des énergies renouvelables à travers le monde, soit un tiers de plus qu’en 2009. En 2010, beaucoup d’argent a notamment été injecté dans les projets du secteur de l’énergie éolienne, à savoir 94,7 milliards de dollars. Quant à l’énergie solaire, elle a drainé 86 milliards de dollars. La production d’énergie à partir de la biomasse et des déchets arrive en troisième position avec 11 milliards de dollars investis. En comparaison internationale, la Chine est le plus important investisseur avec 48,9 milliards de dollars.

« Les énergies renouvelables sont en train de passer du statut de produits de niche à celui de produits de masse », observe Matthias Fawer, analyste en durabilité de la Banque Sarasin. Ainsi, les prix dans le domaine photovoltaïque ont énormément baissé ces dernières années. « Nous parlons ici de baisses de 15 à 20 % par année », souligne l’expert en énergies renouvelables. Nous avons désormais atteint un ordre de grandeur attrayant pour les investisseurs.

De cinq à dix ans

Il n’a pas été nécessaire d’attendre la catastrophe nucléaire de Fukushima pour que la courbe prenne l’ascenseur. Les événements du 11 mars 2011 ont toutefois provoqué un boom des bourses : les actions des entreprises actives dans le domaine des énergies vertes ont augmenté de 30 à 40 % en très peu de temps. « Cela n’a toutefois été qu’une flambée passagère qu’on ne percevait déjà plus à fin avril », précise Matthias Fawer. De nombreux investisseurs avaient escompté engranger des gains rapides après Fukushima. Ceux-ci ont dû déchanter lorsqu’ils ont réalisé qu’une réorientation de la politique énergétique nécessitait du temps dans de nombreux pays.

Matthias Fawer est tout de même optimiste pour les investisseurs. En effet, la situation s’est nettement améliorée en Europe. « Il n’est peut-être pas possible de gagner de l’argent immédiatement avec les énergies renouvelables, mais ce genre d’investissements sera très intéressant d’ici cinq à dix ans. » L’analyste s’attend toutefois à ce qu’il y ait une augmentation de la demande à court terme en Suisse si la Confédération relève le plafond pour la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) (voir encadré).

Efficacité des installations de grande envergure

René Burkhard, le directeur de la fondation qui gère les fonds RPC, partage cet avis. « En relevant le plafond de la RPC, il est certain que davantage d’installations photovoltaïques seront construites en Suisse », prédit-il. Aujourd’hui, 11 000 personnes intéressées se trouvaient sur la liste d’attente pour des fonds RPC, et, chaque mois, elles sont 1000 de plus. « Pour l’instant, seuls 5000 exploitants d’installations ont pu profiter de ce soutien financier. »

René Burkhard serait très heureux de voir l’énergie photovoltaïque se développer davantage en Suisse. Cette évolution est d’autant plus souhaitable qu’actuellement ce sont principalement de petites installations qui sont prévues sur des toits et celles-ci n’ont qu’une influence mineure sur la production d’électricité. « S’il était possible de recouvrir un kilomètre carré de panneaux solaires en une seule fois, cela permettrait de passer à la vitesse supérieure. Ce serait également plus intéressant économiquement, car le câblage n’aurait besoin d’être fait qu’une seule fois. » René Burkhard mentionne également l’efficacité des installations éoliennes ; huit éoliennes permettraient de produire autant de courant que 1600 petites installations photovoltaïques.

Le tabou du prix de l’électricité

En Suisse, il n’y a pas suffisamment d’investisseurs intéressés par ce genre de projets de grande envergure. Selon René Burkhard, le relèvement du plafond de la RPC ne changerait pas la situation. A long terme, il est donc indispensable de parler d’un sujet délicat : le prix de l’électricité. « En comparaison internationale, ce dernier est bas en Suisse. Néanmoins, l’électricité reste un bien onéreux et devrait être traitée comme tel. La RPC se verrait automatiquement attribuer davantage de moyens financiers et il y aurait un plus grand nombre d’investisseurs intéressés par le marché de l’énergie », affirme René Burkhard.

Rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC)

La loi sur l’énergie prescrit d’augmenter la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables d’au moins 5400 GWh d’ici à 2030. A cet effet, elle prévoit un train de mesures visant à promouvoir les énergies renouvelables. Le pilier central de cet édifice est la rétribution à prix coûtant (RPC) du courant injecté issu d’énergies renouvelables. Quelque 247 millions sont mis à disposition chaque année pour compenser la différence entre le montant de la rétribution et le prix du marché.

La RPC est très prisée et les moyens disponibles ne suffiront de loin pas à combler toutes les personnes intéressées. Pour remédier à cela, le Conseil national a déposé deux motions durant la session d’été 2011. Grâce à elles, de projets actuels et futurs devront pouvoir être réalisés. Si le Conseil des Etats les approuve durant la session d’automne, le Conseil fédéral s’attellera à un projet de loi correspondant. Cependant, celle-ci ne devrait pas entrer en vigueur avant 2013.

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