Le débat sur la sécurité accentue la pression sur les centrales nucléaires suisses

créé le: 22.02.2012 | par: Valentin

Test de résistance, expertises, initiatives populaires : Fukushima a soulevé de plus en plus de doutes quant à la sécurité des centrales nucléaires suisses, comme l’illustre tout particulièrement l’exemple de Mühleberg. L’autorité de sécurité nucléaire IFSN est également sous le feu des critiques.

La catastrophe nucléaire de Fukushima a une nouvelle fois enflammé le débat sur la sécurité des centrales nucléaires en Suisse : la pression augmente. « Mühleberg et Beznau font partie des plus anciennes centrales au monde », constate Christian Küppers, chef adjoint du Département de la technologie nucléaire et des installations de sécurité à l’Öko-Institut de Darmstadt. « Elles ont de gros points faibles et sont loin de remplir toutes les exigences des centrales modernes. »

L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a procédé à une nouvelle vérification de la sécurité des centrales dans le cadre d’un test de résistance de l’UE. Certes, l’autorité de surveillance des installations nucléaires est parvenue à la conclusion que les centrales nucléaires suisses présentaient un niveau de sécurité très élevé contre les séismes, les inondations et autres catastrophes naturelles, mais le test a soulevé de nouvelles questions. L’IFSN a en effet identifié plusieurs points qui devraient améliorer la sécurité. A la lumière de ces nouvelles données, les cinq centrales nucléaires doivent prouver d’ici fin mars qu’elles sont préparées à un séisme de très grande puissance et qu’elles peuvent faire face à la combinaison d’un séisme et d’une rupture de barrage due à ce séisme dans la zone d’influence de la centrale nucléaire. Si les exploitants ne sont pas en mesure de fournir ces preuves, la centrale sera mise hors service. L’expert Christian Küppers a déclaré, à propos des anciennes centrales : « Il y a deux possibilités : les moderniser ou les fermer. La question est de savoir si de gros investissements sont encore rentables ou si l’on ne ferait pas mieux de se concentrer sur les énergies renouvelables. »

Mühleberg sous pression

L’exemple de Mühleberg illustre le mieux l’augmentation de la pression exercée sur les centrales nucléaires : la société exploitante FMB n’a pu montrer que de façon insuffisante que le barrage du Wohlensee résisterait à un tremblement de terre survenant une fois tous les 10 000 ans. L’IFSN a donc appelé la société exploitante à fournir des informations supplémentaires sur la résistance sismique de l’installation d’arrêt d’urgence jusqu’au 31 janvier 2012. Le porte-parole de l’IFSN Anton Treier a déclaré : « Si nos dispositions ne peuvent pas êtres respectées, les centrales devront en subir les conséquences. En fonction de la gravité du cas ou si un critère de mise hors service est rempli, la centrale concernée pourra être temporairement coupée du réseau. » Des experts internationaux étudient à présent le rapport de la Suisse sur le test de résistance de l’UE ; la commission de l’UE présentera les résultats en juillet.

La centrale de Mühleberg s’est déjà trouvée dans l’embarras au début de l’année 2011. En effet, peu après la catastrophe de Fukushima, l’IFSN a édicté des dispositions destinées aux centrales nucléaires suisses. Au moment où les preuves de résistance aux crues étaient demandées, une expertise de l’EPFZ a révélé qu’en cas de crue extrême, les conduites de refroidissement pourraient être obstruées. FMB a donc dû fermer la centrale en juin pour compléter les mesures de protection contre les crues. L’historien du climat Christian Pfister a reproché aux FMB de sous-estimer les crues extrêmes dans ses calculs. Il s’est fondé pour cela sur une étude consacrée aux grandes crues survenues à Bâle. Remontant jusqu’à l’an 1238, elle montre qu’au Moyen Age les fortes montées des eaux étaient beaucoup plus fréquentes qu’aujourd’hui. Il existe également des sources utilisables concernant la ville de Berne, toute proche de Mühleberg. Les rapports des historiens laissent à penser qu’au Moyen Âge de fortes crues se produisaient également dans cette région. Christian Pfister a demandé que ces données historiques soient intégrées dans une inspection de sécurité. Malgré cela, le 23 septembre dernier, l’IFSN a tout de même approuvé la remise en service du réacteur de Mühleberg, estimant que les mesures présentées par FMB remplissaient les exigences minimales.

La confiance s‘estompe

L’arrêt d’urgence de la centrale le 8 février dernier montre par ailleurs que Mühleberg n’est pas à l’abri d’une défaillance humaine. Lors d’un examen de routine, des instruments de mesure placés au mauvais endroit ont entraîné l’arrêt complet de l’installation. Ce sont précisément les anciennes centrales comme celle de Mühleberg qui sont le plus violemment éprouvées lors de tels arrêts d’urgence.

La population se montre elle aussi de plus en plus sceptique vis-à-vis de la centrale de Mühleberg. L’initiative populaire « Mühleberg vom Netz » (débrancher Mühleberg), qui a récolté le nombre suffisant de signatures, demande au canton de Berne, en tant qu’actionnaire majoritaire de FMB, de procéder à la mise hors service immédiate de l’insatallation. Des centaines de riverains ont en outre porté plainte auprès du Tribunal administratif fédéral pour protester contre l’autorisation d’exploitation illimitée accordée à Mühleberg fin 2009 par le Département fédéral de l’environnement des transports de l’énergie et de la communication (DETEC). Le jugement sera rendu début 2012.

L’IFSN a également essuyé le feu de la critique lors de ce même conflit. L’expertise conduite par Tüv Nord, un organisme de contrôle technique allemand qu’elle avait mandaté, a en effet révélé que les tirants d’ancrage installés pour réparer les fissures du manteau du cœur du réacteur ne garantissaient pas la sécurité. Pour l’avocat des riverains Rainer Weiber, l’ autorité n’aurait pas suffisamment tenu compte de plusieurs éléments de sécurité. Il accuse l’IFSN de « partialité ». Les médias ont ensuite achevé d’enfoncer le clou, reprochant à l’autorité de surveillance des installations nucléaires une trop grande proximité avec le lobby nucléaire, ce qui a finalement conduit à la démission du président du conseil de l’IFSN Peter Hufschmied en juin 2011. Ce dernier avait, dans le cadre d’autres activités professionnelles, effectué des mandats pour l’exploitant de Mühleberg FMB sans rapport avec l’énergie nucléaire. D’après le DETEC, les mandats de Peter Hufschmied étaient compatibles avec les dispositions de l’ordonnance sur l’IFSN. Sur la question de l’indépendance, ces dispositions sont toutefois moins strictes que celles de la loi. Le Conseil fédéral a donc révisé l’ordonnance, qui précise désormais que les membres du conseil de l’IFSN ne doivent entretenir aucune relation « susceptible de mettre en doute leur impartialité ». Il leur est notamment interdit d’accepter des mandats d’une organisation soumise à la surveillance de l’IFSN. Cette dernière a pour sa part rejeté toute accusation de partialité : « Nous assurons notre mission de surveillance indépendamment des intérêts politiques et économiques », a déclaré son porte-parole Anton Treier. Reste à savoir si elle réussira à regagner la confiance de la population et des médias.

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