Le tournant énergétique respectueux de l’environnement est réalisable

créé le: 11.05.2012 | par: Valentin

A la mi-avril, le Conseil fédéral a dévoilé ses projets pour l’avenir énergétique. Les travaux du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) confirment que le tournant énergétique est réalisable et que ses répercussions économiques sont limitées. Les mesures proposées ne permettent pas à la Suisse d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixé par rapport au climat et à la sécurité d’approvisionnement. A cet égard, le Conseil fédéral doit encore peaufiner son message adressé au Parlement.

S’agissant de promouvoir efficacement les énergies renouvelables, la Confédération continue à adopter une attitude attentiste. Au lieu de miser entièrement sur la production d’électricité décentralisée, elle continue de s’accrocher aux grandes centrales qui posent problème. Dans une prise de position commune, Greenpeace, Pro Natura, l’ATE, le WWF et la Fondation suisse de l’énergie (SES) ont critiqué les points faibles de la stratégie énergétique 2050.

Les énergies renouvelables sont prêtes

La stratégie laisse à désirer dans le domaine de d’électricité solaire. Dans ce domaine, le Conseil fédéral identifie un potentiel cinq fois inférieur à celui estimé par les associations de défense de l’environnement. Les investissements dans l’électricité solaire pourraient non seulement créer des emplois en Suisse, mais également assurer au pays une grande indépendance par rapport à l’énergie nucléaire en provenance de Suisse et de l’étranger. Rien que les projets d’encouragement déposés auprès de la Confédération mais dont la plupart n’ont pas encore été approuvés par la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) pourraient déjà remplacer aujourd’hui plus de la capacité de la centrale nucléaire de Mühleberg.

Favoriser l’efficacité avec des moyens éprouvés

Nous sommes également insatisfaits de la décision du Conseil fédéral par rapport au plan pour l’efficacité énergétique. Les associations exigent une taxe d’incitation pour promouvoir l’efficacité énergétique. La conseillère fédérale Doris Leuthard a toutefois annoncé qu’une taxe d’incitation serait envisageable, mais ultérieurement (en 2020). Elle se contente ainsi de reporter le problème sur la prochaine génération de politiciens, ce qui est bien commode. Pourtant, les jalons d’une taxe d’incitation doivent être posés maintenant, car il reste différents obstacles politiques à surmonter. Et Patrick Hofstetter (WWF) de commenter : « L’orientation est bonne, mais l’échéancier ne l’est pas. Il existe des instruments éprouvés pour mettre un terme au gaspillage d’énergie. » Il faut savoir que le modèle de la taxe d’incitation fonctionne, comme en atteste le canton de Bâle-Ville depuis 1998 déjà.

L’économie suisse elle aussi manque d’ambition par rapport aux économies d’énergie. Lors d’une conférence de presse, l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC) a annoncé son intention d’économiser sept térawattheure d’ici à 2050 à peine. Cela correspond au potentiel d’économie d’électricité des moteurs industriels à lui seul. Conclusion : la Confédération et les milieux économiques n’osent pas poursuivre sans détours la voie vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique dans laquelle ils se sont engagés. Un engagement clair pour atteindre les objectifs d’efficacité, si nécessaire avec des taxes, et appliquer résolument la stratégie des petites centrales, fait défaut.

Centrales à gaz impopulaires

La ministre de l’énergie et de l’environnement, Doris Leuthard, propose quant à elle de développer l’énergie gazière et hydraulique. Ce projet fait l’objet de critiques, à gauche comme à droite. Pour les associations de défense de l’environnement, une chose est sûre : le tournant énergétique est possible sans recourir aux centrales à gaz et sans nuire à l’environnement. Le président du PBD, Hans Grunder, avertit que l’opposition aux centrales à gaz planifiées pourrait mettre en péril la sortie du nucléaire. Du côté du PS, on considère chaque franc investi dans l’énergie gazière comme de l’argent « brûlé ». La meilleure solution consisterait à investir directement dans les énergies renouvelables. Des spécialistes de la protection de l’environnement comme Patrick Hofstetter (WWF) critiquent eux aussi cette stratégie utilisée selon eux pour « jeter de la poudre aux yeux » aux citoyen-ne-s suisses. Les conditions cadres à l’échelle mondiales montrent en effet que si on veut atteindre les objectifs climatiques, il faut brûler un maximum de 20 % des réserves de pétrole, de gaz et de charbon. Investir dans une centrale qui utilise des combustibles fossiles revient donc à faire un pas dans la mauvaise direction.

La réaction des exploitants aux projets de Doris Leuthard ne s’est pas fait attendre non plus. Alpiq, Axpo et FMB ont déjà annoncé ne pas vouloir construire de centrales à gaz dans les circonstances actuelles. Ils invoquent comme raison principale l’onéreuse compensation des émissions de CO2 en Suisse. En effet, au moins la moitié des émissions de dioxyde de carbone doit faire l’objet de paiements compensatoires en Suisse. Les trois entreprises veulent obtenir l’autorisation de compenser une plus grande partie des émissions en achetant aux enchères des droits d’émission UE.

Pour Jürg Buri, directeur de la Fondation suisse de l’énergie (SES) et président de l’alliance « Non au nucléaire », cette idée est vouée à l’échec. « Si on rejette du CO2 dans l’atmosphère en Suisse, il doit également être compensé ici », déclare-t-il. Selon lui, les certificats UE sont vendus à un prix dérisoire. Acheter des droits d’émission est dès lors effectivement moins onéreux que d’améliorer l’efficacité énergétique, par exemple. Pour lui, les centrales à gaz sont également la mauvaise solution pour des raisons purement pratiques. Contrairement à l’Allemagne, la Suisse a déjà suffisamment de possibilités de produire de l’électricité de manière flexible grâce aux centrales de pompage-turbinage.

Tournant énergétique économique

Le Conseil fédéral évalue les coûts supplémentaires que l’abandon du nucléaire devrait engendrer à 30 milliards de francs jusqu’en 2050 Dans son calcul, il oublie toutefois la valeur ajoutée sur le plan économique qui va de pair avec le tournant énergétique. Des milliers d’emplois supplémentaires, des milliards investis par des particuliers et, surtout, aucun risque subventionné pour l’environnement et la population, qui, en cas de sinistre, rend tout calcul coûts-bénéfices inutile.

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